« Pôle justice » à Jacques-Cartier. Réponse de la liste de Marie Mesmeur « Faire mieux pour Rennes » LFI

Champs de Justice a adressé aux listes municipales un questionnaire sur le projet de création d’un pôle justice à Jacques-Cartier.

Nous publions les réponses des candidats au fur et à mesure.

Photo Champs de Justice

LISTE FAIRE MIEUX POUR RENNES AVEC MARIE MESMEUR

Q1. Avez-vous un projet pour l’ancienne prison Jacques-Cartier ? Quelles orientations prendriez-vous ?

L’ancienne prison Jacques-Cartier n’est pas un simple foncier disponible : c’est un lieu chargé d’histoire carcérale, donc un lieu marqué par l’enfermement et la répression. Sa reconversion ne peut pas être pensée comme une opération immobilière classique. L’orientation centrale pourrait être formulée ainsi : refuser que ce site soit livré à la spéculation privée ou transformé en produit patrimonial haut de gamme, et le mettre au service des besoins sociaux urgents des habitants. Rennes connaît une tension majeure sur le logement. Une part significative du site pourrait être dédiée à : logement social public, logements d’urgence, notamment pour les personnes étrangères qui subissent la violence des institutions et vivent dans des conditions indignes à Rennes hébergement pour femmes et LGBTI victimes de violences, résidences étudiantes à loyers réellement accessibles. Le site peut aussi accueillir : équipements culturels ou associatifs, espaces de santé municipalisés, lieux d’accueil pour la jeunesse, ateliers partagés ou espaces de formation. L’idée est de transformer un lieu d’enfermement en lieu d’émancipation collective. Plutôt qu’une concertation cosmétique, on veut défendre ceci : assemblées publiques décisionnelles des habitant-es, contrôle total des habitant-es sur les budgets, publication des conventions foncières. Et poser une idée structurante : la reconversion d’un site aussi symbolique doit être un moment de politisation collective, pas un dossier technico-administratif fermé.

Q2. Comment définissez-vous ce futur lieu et à destination de quels publics ?

Un lieu de créativité et de mémoire
Le futur de Jacques-Cartier doit marquer un passage de l’enfermement à l’émancipation, de la logique punitive à la logique solidaire. Nous défendons la transformation de l’ancienne prison Jacques-Cartier en un lieu public, social et ouvert, conçu comme un véritable commun urbain : un espace au service de l’émancipation et de la solidarité, et non une opération immobilière tournée vers la rentabilité ou la valorisation patrimoniale. Ce site doit prioritairement répondre aux besoins des classes populaires et des personnes les plus fragilisées par la crise sociale : ménages en attente de logement social, jeunes et étudiant·es précaires, femmes victimes de violences, personnes sans domicile ou sortant de détention. Il doit également accueillir le tissu associatif et les initiatives d’éducation populaire, afin de garantir un ancrage vivant dans la ville. La vocation du lieu ne peut être simplement “mixte” ou “attractive” : elle doit être clairement orientée vers celles et ceux qui subissent le plus durement la crise du logement et le recul des services publics. Autrement dit, transformer un ancien espace d’enfermement en un espace d’accueil, de droits et d’organisation collective.

Q3. Seriez-vous prêt à conserver une partie de l’ancienne prison en l’état, hors mise en sécurité, comme l’aile Est ?

Sur la conservation d’une partie significative du site en l’état, nous pensons que cette décision ne doit pas relever d’un arbitrage technocratique ou d’un choix isolé de l’exécutif municipal. Elle doit être discutée et tranchée collectivement par celles et ceux qui vivent, travaillent et s’organisent dans la ville. La question patrimoniale est indissociable d’un débat politique sur la mémoire carcérale, les politiques d’enfermement et le sens que l’on veut donner à la reconversion du lieu. Concrètement, cela suppose la mise en place d’assemblées publiques associant habitant·es, futur·es usager·es, associations, personnels concernés et organisations locales, dotées d’un véritable pouvoir de décision sur les orientations du projet. Ces instances devraient non seulement débattre, mais aussi contrôler l’exécution des choix adoptés : suivi des travaux, respect des engagements budgétaires, transparence des conventions. L’objectif est de rompre avec la séparation habituelle entre celles et ceux qui décident et celles et ceux qui exécutent, en confiant aux collectifs concernés un rôle direct dans l’élaboration et la mise en œuvre du projet. Dans ce cadre, la conservation d’une partie des bâtiments – pour en faire un lieu de mémoire critique, un espace pédagogique ou un support d’activités sociales – pourrait émerger comme un choix collectif assumé. Ce qui importe, ce n’est pas seulement le pourcentage de murs conservés, mais la méthode : faire de cette reconversion un moment de démocratie réelle, où la ville se pense et se transforme par celles et ceux qui l’habitent. Un moment de politisation qui mette aussi en lumière toute la violence sociale qui a lieu à Rennes, entre les enfermements en CRA, les familles étrangères à la rue, les contrôles de police et la vidéosurveillance.

Q4.A. Adhérez-vous au projet d’intégrer un pôle justice à Jacques-Cartier ?

Nous pouvons soutenir une dynamique qui favorise l’accès aux droits, à condition qu’elle s’inscrive clairement du côté de l’émancipation et de la défense des plus vulnérables, et non dans une logique de normalisation ou de gestion sociale. Si l’on part d’une critique radicale de l’institution judiciaire, la question ne peut pas être traitée comme un simple aménagement fonctionnel de l’existant. Nous considérons que la justice telle qu’elle fonctionne aujourd’hui est profondément traversée par les rapports de classe : elle protège la propriété privée, sanctionne prioritairement les fractions les plus précaires de la population et participe à la gestion pénale de la misère. Dans cette perspective, intégrer dans l’ancienne prison un « pôle justice » qui prolongerait l’appareil judiciaire existant pose un problème politique de fond. Transformer un lieu d’enfermement en extension symbolique et matérielle de la justice pénale risquerait de reconduire la même logique institutionnelle, simplement sous une forme plus « accessible », atténuant la violence intrinsèque de la justice telle que nous la connaissons. Notre point de départ est abolitionniste : il s’agit de sortir progressivement du paradigme punitif et carcéral, et de développer des formes de résolution des conflits, de réparation et de solidarité qui ne reposent pas sur l’enfermement ni sur la délégation du pouvoir à une caste professionnelle. Dans cet esprit, nous pourrions soutenir la création d’un espace dédié à l’accès aux droits, à la défense des personnes poursuivies, à l’accompagnement des victimes, et à des pratiques de justice transformatrice ou restaurative – mais pas un pôle conçu comme vitrine ou relais de la justice pénale d’État. Un tel lieu devrait être pensé comme un espace d’organisation collective : – soutien juridique gratuit et indépendant, – accompagnement des personnes confrontées à la répression, – travail sur les alternatives à l’incarcération, – réflexion publique sur la prison, la pénalisation des luttes sociales et les inégalités devant la loi, où seraient invités des penseurs, des familles de détenus, des associations qui luttent contre les violences policières. La reconversion de Jacques-Cartier pourrait alors devenir un geste politique fort : non pas rapprocher la justice d’un bâtiment carcéral, mais transformer un lieu d’enfermement en espace de critique, d’entraide et d’expérimentation de pratiques post-carcérales. Cela implique d’assumer un débat clair sur la fonction sociale de la justice actuelle et sur la nécessité de dépasser le modèle punitif plutôt que de l’enraciner davantage dans la ville.

Q4.B. Comment et avec quels moyens développer ce pôle justice ? Quelles synergies ?

Si l’on parle d’un « pôle justice » dans une perspective critique et abolitionniste, il faut d’abord clarifier l’objectif : il ne s’agirait pas de renforcer l’implantation de l’appareil pénal dans la ville, mais de développer un pôle d’accès aux droits, de défense collective et d’alternatives au punitif. Un tel espace devrait reposer sur une pluralité d’acteurs, avec une indépendance réelle vis-à-vis de la hiérarchie judiciaire et des logiques sécuritaires : juristes salarié·es par la collectivité pour l’information gratuite aux droits ; permanences d’avocat·es engagé·es dans la défense pénale et sociale, à l’image du Collectif d’Action Judiciaire qui défend chaque jour les travailleurs, les jeunes et tous ceux qui sont réprimés pour leur soutien à la Palestine, leurs luttes syndicales ou leurs divers combats pour l’émancipation de toutes et tous ; travailleur·ses sociaux·ales formé·es aux violences intrafamiliales, aux discriminations et aux situations de précarité ; psychologues et intervenant·es spécialisés dans l’accompagnement des victimes et des personnes sortant de détention ; associations de soutien aux détenu·es et à leurs proches ; collectifs engagés dans des pratiques de justice restaurative ou transformative. L’idée est de créer une équipe pluridisciplinaire capable d’agir sur les causes sociales des conflits et non uniquement sur leurs effets pénaux. Matériellement, cela suppose : des bureaux de permanences accessibles sans condition de ressources ; des salles de médiation et de réunion ; des espaces dédiés aux associations ; un centre de documentation et de formation ouvert au public ; des budgets municipaux sanctuarisés, avec transparence sur leur utilisation. Il faudrait également garantir la gratuité de l’accueil et des conseils juridiques de premier niveau, afin que l’accès aux droits ne soit pas conditionné à la capacité de payer. La synergie essentielle serait locale et sociale, plutôt qu’institutionnelle : coopération avec les associations féministes, antiracistes, anti-CRA et de défense des droits sociaux ; liens avec les syndicats et collectifs qui luttent contre la répression ; articulation avec les structures de santé et d’accompagnement social ; partenariat avec les universités pour des cliniques juridiques gratuites. Mais il faut être lucide : un pôle local, même ambitieux, ne suffira pas à corriger les inégalités structurelles d’un système judiciaire fondé sur la défense de l’ordre social existant. La municipalité peut créer des espaces de protection et de solidarité, mais elle ne peut, à elle seule, transformer la nature de la justice. C’est pourquoi un tel projet devrait s’inscrire dans une démarche plus large : faire de Jacques-Cartier non pas un simple équipement, mais un lieu de soutien concret face à la répression et un point d’appui pour penser et expérimenter des alternatives au modèle carcéral.

Q5. Quels autres usages et fonctions en complément sur le reste du site ?

Rennes connaît une tension majeure sur le logement. Une part significative du site pourrait être dédiée à : logement social public, logements d’urgence, notamment pour les personnes étrangères qui subissent la violence des institutions et vivent dans des conditions indignes à Rennes hébergement pour femmes victimes de violences, pour les enfants victimes de violences intrafamiliales notamment à caractères sexuelles résidences étudiantes à loyers réellement accessibles. Le site peut aussi accueillir : équipements culturels ou associatifs, espaces de santé municipalisés, lieux d’accueil pour la jeunesse, ateliers partagés ou espaces de formation. L’idée est de transformer un lieu d’enfermement en lieu d’émancipation collective. Plutôt qu’une concertation cosmétique, on veut défendre ceci : assemblées publiques décisionnelles des habitant-es, contrôle total des habitant-es sur les budgets, publication des conventions foncières. Et poser une idée structurante : la reconversion d’un site aussi symbolique doit être un moment de politisation collective, pas un dossier technico-administratif fermé.

Q6. Seriez-vous disposé à planter l’arbre du 40ᵉ anniversaire de l’abolition à l’entrée du site ?

Oui. La question de l’arbre du 40e anniversaire de l’abolition de la peine de mort renvoie à une mémoire importante. L’abolition est une conquête démocratique réelle, et il est légitime que la ville en marque le souvenir. Mais si l’on réfléchit au sens que l’on veut donner à la mémoire de Jacques-Cartier, nous pensons qu’elle ne peut pas se limiter à un hommage institutionnel, aussi symbolique soit-il. Cette prison a aussi été un lieu d’enfermement d’opposants algériens pendant la guerre d’indépendance, un espace où la répression coloniale s’est exercée concrètement. Cette dimension fait partie intégrante de son histoire, et elle éclaire un continuum plus large entre système carcéral, répression politique et politique impériale française. Planter un arbre ne devrait donc pas être un geste isolé ou consensuel, mais l’occasion d’ouvrir un travail de mémoire exigeant : rappeler que la peine de mort a été appliquée dans un contexte colonial, que la justice française a participé à la répression des luttes anticoloniales, et que les logiques de pénalisation ciblent encore aujourd’hui de manière disproportionnée les populations issues de l’immigration postcoloniale. Si un arbre devait être planté à l’entrée de Jacques-Cartier, nous souhaiterions qu’il s’inscrive dans un dispositif plus large visant une mise en débat publique sur les continuités entre histoire coloniale, politiques sécuritaires contemporaines et inégalités raciales devant la justice. Autrement dit, il ne s’agit pas d’opposer l’abolition de la peine de mort à la mémoire anticoloniale, mais de les articuler. Faire de ce site un lieu où l’on interroge le rôle de la prison dans l’histoire impériale de la France et dans les mécanismes actuels de répression permettrait d’éviter une commémoration dépolitisée et de donner à cette mémoire une portée vivante, en lien avec les luttes antiracistes et anti-impérialistes d’aujourd’hui.

Q7. Êtes-vous prêt à financer les études préalables (PSC, étude de programmation) ?

Oui, nous sommes favorables au financement des études préalables nécessaires, y compris un Projet scientifique et culturel et une étude de programmation – mais à une condition claire : que ces études soient pleinement publiques, transparentes et indépendantes des intérêts privés. Nous défendons le principe que les services publics doivent être financés par une contribution du patronat et des grandes entreprises qui tirent profit du territoire, et non par des montages opaques associant la collectivité à des opérateurs privés. Cela suppose d’assumer une rupture avec les partenariats public-privé et avec la délégation aux grands groupes du BTP ou de l’ingénierie urbaine, dont les logiques sont d’abord celles du profit. La ville ne doit pas devenir un marché captif pour des entreprises qui, par ailleurs, participent à des projets d’infrastructures liés à des politiques autoritaires ou à des violations massives des droits humains à l’échelle internationale. Concrètement, le financement des études devrait relever du budget municipal, abondé par une fiscalité exigeante envers les grandes entreprises et les acteurs immobiliers locaux. Les équipes chargées des études devraient être choisies pour leur indépendance scientifique et leur ancrage public (universités, bureaux d’études coopératifs, structures associatives), avec publication intégrale des cahiers des charges et des conclusions et en association avec les besoins des travailleurs, étudiants et des classes populaires de Rennes. Soutenir le financement des études ne signifie donc pas valider un projet prédéfini, mais créer les conditions d’un travail sérieux, public et politiquement assumé. La question n’est pas seulement “qui finance ?”, mais aussi “dans quel intérêt et sous quel contrôle ?”. Pour nous, la réponse doit être claire : sous contrôle public, sans dépendance aux groupes privés, et au service des besoins sociaux.

Q8. Comment piloteriez-vous ce projet ? Avec quels partenaires ? Quelle place pour Champs de Justice ?

Nous ne concevons pas le pilotage d’un tel projet comme une chaîne verticale classique – cabinet du maire, direction de service, puis consultation formelle des acteurs. Pour un lieu aussi chargé d’histoire et de sens politique, la méthode compte autant que le contenu. Comme nous le disions plus haut, le pilotage devrait reposer sur une instance collective clairement mandatée, composée de représentant·es des habitant·es, d’associations impliquées, de professionnel·les concerné·es et de membres de la collectivité. Cette instance ne serait pas consultative, mais dotée d’un véritable pouvoir d’orientation sur le contenu du PSC, le calendrier et les arbitrages structurants. Les comptes rendus devraient être publics, et les désaccords explicités. L’association Champs de Justice aurait toute sa place dans ce cadre, en tant qu’acteur porteur d’une réflexion et d’un travail de terrain. Sa contribution pourrait nourrir les axes scientifiques et culturels du projet, notamment sur l’histoire pénitentiaire et les enjeux contemporains de l’accès aux droits. Le monde judiciaire pourrait intervenir, non comme autorité tutélaire, mais comme partenaire parmi d’autres : magistrat·es, avocat·es, chercheur·ses, associations de soutien aux détenu·es. L’objectif n’est pas d’institutionnaliser le projet, mais d’enrichir la réflexion, de formuler des critiques, de changer le regard dominant sur la “justice” aujourd’hui. En outre, dans une logique de révocabilité des représentants que nous défendons (pour les élus, les conseils de quartiers, les conseils des services publics), le suivi du PSC ne pourrait pas être figé une fois adopté ; il devrait faire l’objet d’évaluations périodiques publiques, avec possibilité permanente d’ajustement.

Q9. Le pôle justice disposera de ressources (Documents, expositions comme Abolition de la peine de mort et Justice des années sombres, kits d’animation …) destinés à tous les publics. Quelle place donneriez-vous aux habitants de votre commune ? 

Les habitant·es ne peuvent pas être de simples “publics cibles” à qui l’on diffuse des contenus pédagogiques déjà construits. La question n’est pas seulement l’accès aux ressources, mais le pouvoir sur leur définition, leur orientation et leur usage. Cela signifie : – participation directe à la définition des thématiques abordées ; – possibilité d’apporter des archives familiales, des témoignages, des récits liés à la prison, à la répression politique, aux discriminations ; – implication des collectifs locaux (associations antiracistes, féministes, syndicats, collectifs de quartier) dans la conception des expositions et des outils pédagogiques ; – espaces d’expression autonome, y compris critique vis-à-vis de l’institution judiciaire. Un pôle justice qui se limiterait à exposer “l’abolition de la peine de mort” ou “les années sombres” sans interroger les continuités actuelles – discriminations raciales dans le système pénal, répression des mouvements sociaux, criminalisation de la pauvreté – risquerait selon nous de produire une mémoire neutralisée. Les habitant·es doivent pouvoir mettre en débat ces continuités. Concrètement, nous défendrions : – des ateliers populaires d’écriture et d’archives ; – des cycles de discussions publics sur la prison, la justice et les luttes sociales ; – des interventions dans les établissements scolaires construites avec les enseignant·es et les élèves ; – un droit d’usage autonome des espaces pour des initiatives des habitant-es. Il ne s’agit pas d’organiser une médiation descendante, mais de créer un lieu d’appropriation collective. Si ce pôle existe, il doit devenir un espace où les habitant·es peuvent interroger, contester et transformer le récit dominant sur la justice, plutôt que le recevoir passivement.

Q10. Quel modèle économique souhaitez-vous ? Feriez-vous appel à des opérateurs privés ? Avec quel objet ?

Si l’on affirme que Jacques-Cartier doit devenir un lieu au service des besoins sociaux et de l’accès aux droits, alors son financement et sa gestion ne peuvent pas dépendre de logiques de rentabilité. Nous défendons donc un modèle fondé sur un financement public assumé : budget municipal priorisé, redéploiement de dépenses aujourd’hui orientées vers des politiques sécuritaires ou des opérations d’image, et contribution importante des grandes entreprises du territoire via la fiscalité locale. Les services publics doivent être financés par celles et ceux qui concentrent la richesse, et non par des montages qui transfèrent les risques à la collectivité tout en garantissant les profits privés. Nous ne sommes pas favorables au recours à des opérateurs privés pour la conception, la gestion ou l’exploitation du lieu. Les partenariats public-privé, les concessions ou les délégations de service public aboutissent à une perte de maîtrise politique, à une opacité financière et à une pression permanente à la rentabilité. Confier tout ou partie du projet à de grands groupes, notamment du BTP ou de l’ingénierie urbaine, reviendrait à subordonner un projet social à des intérêts commerciaux. Cela ne signifie pas l’exclusion de toute compétence extérieure : des bureaux d’études indépendants, des structures coopératives, des équipes universitaires ou associatives peuvent être mobilisés pour des missions précises. Mais ces interventions doivent rester sous pilotage public, avec des cahiers des charges transparents et un contrôle démocratique sur les choix effectués. En résumé, le modèle économique que nous défendons est simple dans son principe : financement public, maîtrise publique, contrôle démocratique. Un lieu pensé pour l’intérêt général ne doit pas devenir une opportunité de marché.